17 Un certain soir

Un Certain Soir

 

par

Françoise CONTAT

Ce conte a été édité dans la revue chrétienne « Le Carillon »

 

Pauvre père Benoit; il avait passé sa vie de missionnaire à convertir des populations étrangères. Parlant à peine leur langue, il avait réussi à les convaincre que l’amour est le seul maître à servir. Et voila que son évêque l’avait envoyé dans ce petit village de Provence pour y passer sa  retraite.

 

Il aurait pu être le plus heureux des prêtres mais ce village était rempli de mécréants. Depuis près d’un an qu’il s’était installé dans la petite église personne n’en avait franchi le seuil.

 

Ce soir c’était Noël et le père Benoit savait qu’il n’aurait aucun fidèle à sa messe de minuit. Il prépara cependant le calice, les hosties et les burettes. Son livre de messe à la main il se dirigea vers la crèche. L’espace entre Joseph et Marie était vide. Il y déposa l’enfant Jésus. La nuit était tombée et, malgré la fraîcheur de cette soirée d’hiver, le père Benoit ouvrit toute grande la double porte de bois de la petite église.

 

Son chien était couché en travers du parvis. il gémissait doucement. Le père s’assit près de lui, à même la pierre froide et fît glisser sur ses genoux la tête du vieil animal. En caressant son poil rugueux, il regarda le ciel. Des myriades d’étoiles illuminaient la voûte céleste. C’était pourtant une belle nuit!

 

Soudain, le vieux prêtre sursauta, son chien venait de soupirer de curieuse façon. Il le regarda, ses yeux étaient fermés. Il passa la main sur sa poitrine, le cœur ne battait plus. Des larmes mouillèrent les yeux du serviteur de Dieu. En ce jour béni son compagnon de vingt ans l’abandonnait.

Il allait se relever pour emporter la dépouille de son chien jusqu’au presbytère quand un petit oiseau tout jaune sautilla près de lui. Il reconnut tout de suite le canari de la fille du boulanger. Il se sera sauvé, pensa le vieil homme. Il faut le capturer car il risque de mourir de froid.

 

Il prit son manipule et essaya de le jeter sur l’oiseau avant qu’il ne s’échappe mais le canari fut plus rapide, s’envola à l’intérieur de l’église et alla se percher en haut de la grande croix.

 

Le père Benoit se releva avec peine. Un chat noir et blanc au poil soyeux vint se frotter à ses jambes.

 

Etait-ce possible? Le chat de Madame Pierre, la préposée de la poste. Que faisait-il ici? Il se pencha et le prit dans ses bras. Le chat ronronna quelques instants mais d’un coup de rein s’échappa pour venir s’installer sur un banc juste face à l’autel.

Etonné, le vieux prêtre s’apprêtait à chasser les importuns quand il entendit aboyer. C’était trois chiens de chasse qu’il avait aperçu dans le village, coursant deux lapins nains de compagnie. Les lapins entrèrent en trombe et sautèrent sur un banc. Petites boules de poil terrorisées. Les trois chiens à leur suite, comme calmés se glissèrent à l’intérieur de l’église en silence et se posèrent en trois endroits différents.

 

Le père Benoit ne savait que faire. Lui qui quelques instants plus tôt se plaignait de ne pas avoir de fidèles, se demandait à présent si il dirait sa messe devant cette curieuse assemblée.

 

Soudain une petite voix dans son dos demanda:

- Monsieur le curé, vous n’auriez pas vu mon canari s’il vous plaît?

C’était Noémie, la fille du boulanger. Le père Benoit, sans répondre, désigna le sommet de la grande croix.

 

Il ne pouvait parler car derrière la petite fille arrivaient: coq, hamster, souris blanche, perroquet, moutons, vache etc.... Tous les animaux domestiques du village s’étaient libérés de leur cage ou de leur enclos. A leur suite les enfants, enmitoufflés, essoufflés par la course, le regard inquiet, demandaient leur animal tant choyé.

 

Ils entrèrent les uns après les autres dans la petite église et, comme si chaque animal avait réservé une place à chaque enfant, s’installèrent sur les bancs de bois ciré.

 

Je m’occuperai de toi plus tard

 

Le père Benoit, toujours sur le parvis, regarda la dépouille de son pauvre chien et lui dit :

- Je m’occuperai de toi plus tard, j’ai des fidèles qui m’attendent pour célébrer la naissance du sauveur.

Le prête pénétra dans la petite église, monta jusqu’a l’autel et remercia le Christ, par une courte prière, pour la présence des enfants du village même s’ils étaient curieusement chaperonnés.

 

Recueilli, il se retourna, dit le «Dominus vobiscum» et leva les yeux.

 

La petite église était comble

 

La petite église était comble. A côté de chaque enfant et de son animal favori, étaient assis un ou deux adultes. Père mère, grands père, grand mère, oncle ou tante, inquiets de la disparition des enfants les avaient suivi jusqu’a l'église.

Pendant que le prêtre avait le dos tourné, ils les avaient rejoint en silence sur les bancs de bois.

 

Il commença sa messe doucement pour ne pas apeurer ce peuple qui était venu à lui comme par miracle. Des larmes mouillèrent ses yeux quand, dans le silence de la nuit agité par une main invisible, tinta la clochette de l’élévation.

 

Il entama un chant de Noël. Sa voix grêle porta la première phrase jusqu’aux voûtes, dès la seconde phrase de petites voix l’accompagnèrent, à la troisième phrase les femmes et les hommes du village chantaient les paroles sacrées. A la fin du couplet les murs de pierre de la petite église vibrèrent de joie. Le chant s’élevait jusqu’aux voûtes du ciel comme une flamme d’espérance.

 

Alors on vît, remontant l’allée centrale un vieux chien traînant ses pattes de vingt ans. Il s’installa au pied de l’autel, le regard tourné vers le père Benoit.

 

Son vieux chien était revenu à la vie. Ce compagnon de toujours n’avait besoin que d’un peu d’amour pour vivre.

 

 

 

 

FIN

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