Magiciennes ACTE 1

 

 

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 ACTE 1

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Magiciennes

élégie en trois chants

par Françoise CONTAT

TEXTE INTEGRAL

PERSONNAGES

Pichale, magicienne, gardienne de la source des mots (des maux).

Isoléa, sa fille, née d’une union avec un mortel.

Soma, nain difforme serviteur de Pichale (frère jumeau d’Isoléa).

L’esprit de la source, personnage magique assexué.

ARGUMENT

Premier chant : Pichale et sa fille vivent avec leur serviteur Soma, dans une tour ascenseur, à l’abri du monde des hommes. Pichale, magicienne des mots a été chargée de surveiller, montagne de Nada, la source des mots, que le dieu Parole a offert aux hommes. Isoléa, a été élevée chez les mortels par son père. A son décès, elle est venu vire avec sa mère. Elle est partagée entre le désir de devenir magicienne comme sa mère et celui de retourner chez les hommes pour connaître l’amour. Toujours solitaire, elle croit sombrer dans la folie.

Deuxième chant : Un jour la source des mots se tarit et la parole se retire de la bouche des hommes. Pichale, pour garder sa fille près d’elle, a stoppé la fuite du temps. Cet enchantement lui en interdit tout autre. Pour être fidèle au dieu Parole et venir en aide aux hommes, Pichale va devoir pratiquer la magie. Elle annule l’enchantement du temps et cela lui coûte la vie.

Troisième chant : La source des mots se remet à couler. Les hommes se parlent et se comprennent à nouveau. Isoléa, désespérée d’avoir perdu sa mère, s’enfuit de la tour ascenseur. Soma la retrouve. Elle revient prendre sa place. Elle est née magicienne, son destin s’accomplit.

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PREMIER CHANT

SCENE PREMIÈRE

La source des mots coule

L’ESPRIT DE LA SOURCE

Quand l’acte commence, il y a un rocher au centre de la scène.

Seule assise dessus est une apparition.Vêtement fait de voiles : éthéré, aérien, dans les tons bleus. Femme fine et maigre, un peu hermaphrodite.Une source de mots (-) coule sous elle. Parfois elle se penche et touche les eaux. Lumière

L’ESPRIT DE LA SOURCE

Les écluses du ciel, un jour se sont ouvertes

Elles ont déversé sur la terre et les flots,

La vibration sacrée de notre corps inerte

Le timbre résonnant. Je veux parler ... des mots.

Ils se sont écoulés de la bouche du juste

Comme source de vie à ceux qui écoutaient.

L’élève, le paria, l’enfant ou l’âme fruste

Ont vu naître en leur sein l’amour qu’ils inventaient.

J’ai tout puisé pour eux : le brut et la nuance,

Aux sources du salut avec exultation ;

Nul n’avait à  mes yeux sensible préséance,

Chaque mot est la vie, issue de mon giron.

J’ai vu le résultat : Alors le sol aride

Se fondait en étang bordé de fins roseaux

Le sommet le plus sec et le désert torride

Se prenaient aussitôt pour une source d’eau.

J’ai fait jaillir pour eux par le même orifice,

Le doux et puis l’amer, le sel et puis le miel.

Pour ne pas éloigner des lèvres le calice

Où chacun peut goûter le sang intemporel.

La conteuse est venue, comme les autres boire,

Elle s’y est baignée avec délectation.

Elle qui sait tirer les fils de la mémoire

A puisé dans mes eaux le gros de sa moisson.

Elle jouait de tout, enfant bénie des fées,

Des phonèmes légers et de tous leurs atours.

Savourant chaque fois morphèmes en trophée,

Et plaisir de choisir le mot pour le discours.

Le Dieu l’a aperçue et, de l’immense abîme

Il l’a nommée alors magicienne des mots.

L’a choisi, pour veiller, par surveillance fine,

A ce que nul jamais ne me fasse “chabrot”.

Elle vivait déjà avec ce nain sauvage

Qui est dans sa maison, montagne de Nada.

On l’appelle Soma. Il (île) lui tient lieu de page

Elle a greffé sa rose avec son réséda.

Sa faiblesse pour lui n’a d’autre égal, je pense,

Que pour son adorée qu’elle amena un jour

Du pays des humains, d’un père de la Hanse

Défunt. Depuis leur vie est dans la tour.

Son nom, Isoléa, sait à lui seul nous dire

Combien elle a souffert d’être deux à la fois ;

Si mortelle par lui que son cœur en chavire

Si née de la magie que son âme en a froid.

Les années ont passé, j’ai coulé sans contrainte.

Parfois j’ai aperçu, de loin, ce fruit vermeil

Sans oser l’abreuver ou de mes bras l’étreindre

Car l’ingrate le tient en état de sommeil.

Le rocher se recule côté jardin et disparaît dans l’ombre.

 

SCENE DEUX

Déraison ou passion pour la folie.

ISOLEA

A la place du rocher, au centre de la scène, vient se positionner un lit richement décoré venu du fond. Une femme est assise sur le bord du lit les jambes dans le vide. Côté cour une psyché d'ébène apparaît et se rapproche du lit. Du plafond, côté cour, descend un écran vidéo. Une chaise. Ambiance feutrée, la pièce est dans la pénombre. La lumière se lèvera doucement au cours de cette scène.

ISOLEA

Elle se lève et vient devant son miroir. Elle s'adresse à sa déraison ou sa folie, symbolisée par son reflet dans le miroir.

Écoute- moi, ma mie, car je voudrais te dire            

Je t’aime et je perçois que ton cœur en émoi

N’est pas dans son état, et ton âme chavire

Au point que ton regard est en plein désarroi.

Tu sembles mélanger futur et origine,

Ignorance de ce, que pourtant, tu vécus

Connaissance de tout ce que tu imagines

Angoisse, démission, courage ou stimulus

Ça y est, j’ai compris, ton esprit déraisonne

Tu regardes plus loin que ton propre regard

Tu te laisses porter, ta pensée papillonne,

Et tu me contraries sous ta couche de fard.

Mais ici, face à toi, je reste et je te nargue

Mes yeux ne baissent pas. Tu peux me mépriser,

Je ne lâcherai pas. Je sais être de marbre

Et te dirais, tout net, ma façon de penser.

Elle croise ses jambes sous elle.

Tu m'as encor donné, des raisons de me plaindre

Tu fais tout à l'envers. Tu ne sais que parler !

L’action qui suit les mots n’est pas toujours à craindre.

Il serait opportun de ne pas l’oublier.

Ou alors tu exploses au-delà des limites

Tu montes aux créneaux que tu avais battis.

Le mur est devant toi et tu t’y précipites

Oubliant que ton corps peut en être meurtri

Ne pourrais-tu, parfois, essayer de te taire.

Dormir à poings fermés, cachée au fond des draps.

Et laisser le monde bouger dessus sa sphère

Sans te mêler à lui et des pieds et des bras.

Tu prétends exister d'influence divine ;

N'obéir qu'à celui venu du haut des cieux.

Souffler fort sur ma vie, quand la morne routine

La laisse s'enliser dans un marais verbeux.

Silence, elle réfléchit, hésite. Déplie ses jambes.

C'est vrai, tu as raison, sans toi rien n'est possible.

Tu parles avec feu et tu parles si bien

Que ceux que tu choisis, et que tu prends pour cible,

Brûlent leurs derniers mots, brisent l'ultime lien.

Parfois, je t'aime plus que le sang de mes veines,

Plus que mon souffle chaud qui, je sais, vit de toi,

Plus que les noirs cyprès qui habillent d'ébène

Le val de mes rêves, où je vis, loin des lois.

Elle se lève

Demain un nouveau jour apportera sa peine

Et tu resteras là, tapie, sans te montrer.

Tu sais que ces jours noirs, d’interventions vaines,

Au mur de la douleur, me fera t'immoler.

Bien sûr, le lendemain dispensera sa joie

Et de nouveau pour moi, fantôme inexistant,

Prostrée, tête baissée, dans ton suaire de soie

Tu seras à l'affût du moindre coup de vent.

Elle s'agite

Ah quand souffle pour toi l'ouragan, la tempête !

Au pays du Mistral, qui peut dompter le vent ?

Tu vibres, tu t'émeus, tu cries, hurles, t'entêtes,

Tant et tant que toujours, je cède à tes élans.

Elle s'assied sur le lit et semble pleurer

Mais laisse-moi en paix, je ne veux plus t’entendre.

La vie sans toi est simple et passe doucement.

Qui a besoin d’avoir la force d’entreprendre

Pour réussir sa vie ? Qui veut de toi, serpent !

Silence. Elle court vers son miroir et l'attrape à deux mains

Ne m’abandonne pas, sans toi je ne puis vivre ;

Accorde-moi pardon, je dis n'importe quoi.

Oublie ces mots si durs. Aujourd'hui je suis ivre.

Ma jumelle, ma foi, reste tout près de moi.

J'ai plus que de raison bu d’humaines paroles.

Je me suis rassasiée où il ne fallait pas.

J'ai humé l'air vicié issu du jeu de rôles.

Tu dois me tenir loin de ce genre de repas.

Joue donc de tes atouts pour garder à distance

L'influence de ceux qui me rangeraient bien

Dans un cube de bois, de béton, sans aisance

Ou deux mètres carrés capitonnés de lin.                 

Je voudrais repartir et te laisserai seule

Ma vie chez les humains n’a pas besoin de toi

Ton nom est Moria et je suis ta filleule

J’ai frappé à ton huis, tu me résistes. Quoi ?

Moi qui ai passion, pour l’Ambroisie sucrée

Au penchant à créer du lien avec l’oubli,

Je jouirai chaque instant ta caresse nacrée

De perles de soleils, de plaisir et de cris.

Je t'aime et je me tais, de peur de trop en dire.

On condamne toujours la sorcière au bûcher.

La vérité est laide et vieille et sait prédire

L'avenir court du fou qui voudrait t'écouter.

 

NOIR

SCENE TROIS

Déconstruction des champs du savoir

La folie est nommée

ISOLEA - PICHALE

PICHALE

Elle entre, côte cour, par une porte à double battant de chêne très haute ; tenant à la main un long bâton de patriarche ou de berger sculpté, dont elle se sert pour marcher. Le bâton se termine par un laser de quartz.

Qui traites-tu de fou, Isoléa ma fille,

Nous sommes deux ici, à qui donc parles-tu ?

ISOLEA

A ma psyché d'ébène aux tresses de charmille

Miroir sans tain ouvert sur un monde trop nu ;

Elle sait écouter.

PICHALE

                        Sais-tu ?

ISOLEA                                                                                                       Quoi ma mère ?

PICHALE

Que la folie nous guette au détour du chemin.

Celui qui en parlait, déjà, était ton père,

Dans tes artères bleues en coule le venin.

Prends garde, mon enfant, car les bords de la sente

Où seules nous marchons jusqu’à notre trépas,

Pourrait bien t’entraîner vers la glissante pente.

Identifie ce que tu ne maîtrises pas.

ISOLEA

Qu’ai-je donc à savoir que déjà je ne sache?

Tu m’as tant initié aux préceptes secrets.

Chaque jour, tu me vois, m’acquitter de ma tâche.

Tu dis que je ne suis pas très loin du sommet.

PICHALE

Sa colère monte

Je ne te parle pas enchantement, magie,

Mais de ton intérêt pour ce peuple ignorant

Qui vit hors de nos murs.

ISOLEA

                                               Est-ce donc utopie

Que de vouloir tourner mon regard vers ces gens ?

PICHALE

Tu les aimes bien trop. L’homme n'est pas ton frère.

Insecte fragile, ton esprit absolu,

A l'instar de la vie que vole l'éphémère,

Vit au creux de ton cœur, lui tient lieu de vertu.

Mais il est sur le fil du rasoir qui surplombe

Le flot capricieux qui attaque le fer

De notre île encerclée. En ce jour, il t’incombe

En volontaire apnée de choisir ton enfer.

Tu ne sais pas, je crois, faire la différence

Entre un être de bien et un génie du mal.

Ton cœur, trop généreux, offre avec déférence

Sans s'auto-protéger de l'instinct animal.

ISOLEA

Mais non, ils sont aimants, et non point méprisables.

Et tu les as aimés, mon père était l’un d’eux.

PICHALE

Si j’en ai aimé un, en suis-je donc coupable ?

Et dois-je maintenant payer de tes adieux ?

Nous vivons assez près de la maison des hommes.

Ils ne nous aiment pas et il y a danger.

Nous les voyons très bien de l'endroit où nous sommes.

Elle s’éloigne

Que t'importe leur vie ?

ISOLEA

                                   Je pourrais les aider.

PICHALE

Se mettant en colère

Et pourquoi ce besoin de soulager le monde ?

Par rêve d'absolu, épris de liberté ?

Par désir, de stopper dans l'infernale ronde

Le tourbillon brouillant, les esprits embrumés ?

Par gloire, par envie, par dessein, déférence,

Défi scientifique, besoin d'étudier ?

Volonté positive ancrée dans la mouvance

De ton esprit curieux qui te fait délirer ?

ISOLEA

Ma mère, je ne sais. Peut-être m'as-tu faite

De farine et de sang. Ketzalcoalt a dit

Aux Dieux qui ont créé avec lui la planète

De bien choisir ce qui constituera le fruit.

Ni terre sans cuisson, qui, à la moindre goutte,

Du torrent de l'orage aux embruns d'océan,

S’amollit. L’être alors s’immerge dans le doute,

Devient inconsistant, se fond dans le néant.

Ni bois trop sec, gravé, d'une main malhabile,

Étoupe qui s'enflamme au moindre coup de feu.

Au sillage entraînant flammèches de brindilles

Propageant l'incendie comme un innocent jeu.

Ni or resplendissant. Car la belle apparence

Éblouit et les yeux et l'âme de tous ceux

Qui contemplent l'éclat, la gloire et la brillance,

Et oublient que l'or pur est pierre en son milieu.

Mais, grain, qui donnera en terre hospitalière

Un épi vigoureux, dressé, cheveux au vent.

La tête dans le ciel, les pieds ancrés en terre,

Le regard portant loin, d'un avenir confiant.

Cet épi, sait plier sous la pluie de l'orage,

Aime le feu du ciel et s'en fait un allié,

Son cœur n'est pas de pierre, à l’abri du bois sage

Il a pourtant de l'or le jaune raffiné.

Ce fruit-là est si bon sous sa douce apparence

Que, qui le goûtera, ne pourra s’en passer.

Il repaît les enfants, leur donne leur pitance,

La chair en son gésier, sait bien les rassasier. (L’Albatros)

Regarde-les, ici, sans détourner la tête.

Isoléa éclaire l'écran vidéo. On voit un champ de maïs, bercé par le souffle du vent. Doucement le soleil se couche et, à la place des épis, une foule apparaît. La nuit s'installe. La foule, tenant des briquets allumés, en se balançant recrée l'image du champ caressé par le vent. (Le savoir est, à l’image de Dieu, un champ prêt à être moissonné)

PICHALE

Que m'importe !

Elle tourne le dos à sa fille et à l'écran.

ISOLEA

Insistant           

            Mère !

PICHALE

Avec un geste d’impatience                                                                     Ce peuple n'est pas toi.

ISOLEA

Laisse-moi liberté !

PICHALE

S’éloigne côté cour

                             Non....

ISOLEA

La poursuit

                                   Et ma quête ?

PICHALE

Se retourne d’un bloc

Non, jamais !

ISOLEA

Elle écarte les bras

              Je t'en prie.....

PICHALE

 La repousse

                        C’en est trop !

ISOLEA

 Se met à genoux

                                   Bénis-moi !

(Le savoir n’existe pas, la réalité est un leurre.La vérité n’est qu’une réponse facile, acceptée)

NOIR

SCENE QUATRE

La source cesse de couler

ISOLEA - SOMA - PICHALE

SOMA

Il arrive en courant du côté jardin et se jette dans les bras de Pichale qui arrivait du côté cour

Madame il y a danger dans le pays des hommes.

La source que jadis, Dieu mit entre vos mains

Montagne de Nada, au rocher des deux pommes.

Ce matin s'est tari. La peur est aux humains.

ISOLEA

Elle se retourne

Mère.....

PICHALE

Doucement à Soma        

            Tais-toi Soma !

SOMA

Tout bas

                        Pardonnez-moi Maîtresse

Je ne l'avais pas vu.

ISOLEA

Elle s'approche                  

                        ..... Que dit-il ?

PICHALE

Elle entraîne Soma vers la porte coté cour et s’adresse à Isoléa en se retournant par instants.

                                               Ce n'est rien

Il déraisonne encor, ce nain est ma faiblesse.

Je devrais châtier cet arrogant vaurien.

À part à Soma

Reviens me voir tantôt, ce qu'il est bon de faire

Ne peut se dire ici. D'autres soucis sont miens.

Va, pour l'heure présente il convient de te taire.

Pour elle même

Hecate nous a mis à la croix des chemins.

SOMA

Il s'incline respectueusement devant sa maîtresse

Madame, je vous laisse à vos soucis de mère.

Mais n'oubliez jamais qu'avant vos doux ébats

Vous vainquîtes le temps, arrêtant les repères

Maîtrisant le futur des êtres d’ici-bas.

Il sort.

SCENE CINQ

La nature thérapeutique

PICHALE - ISOLEA

PICHALE

Elle revient vers sa fille en souriant, l'entraîne la main sur son épaule vers une porte vitrée côté jardin

Laissons-là le discours. Aujourd'hui n'est propice

Qu’à saisir ce moment qui passe sans procès.

Va, regarde le ciel, bois-le comme un calice

Du merveilleux nuage abreuve-toi d'excès.

D’un geste, elle fait coulisser la porte virée. Elle s’ouvre sur un jardin automnal, tandis que le soleil inonde la grotte.

Goûte le vent léger, la terre qui embaume

L'automne est au jardin comme un rayon de miel

La nature en tes yeux est au roi son royaume

Savoure sur ta peau la caresse du ciel.

Effleure de ta main ce qui palpite encore

Toute feuille froissée au rythme de tes pas

L'envol bleuté du geai sous le grand sycomore

L'écureuil au dos noir engrangeant ses repas.

Cueille au rosier fleuri une ivresse nouvelle

Laisse monter en toi son capiteux parfum

Étends ton corps aimé sous la douce tonnelle

Qui filtre le soleil de son pampre défunt

Ose alors regarder le soleil bien en face

Et dire qu'il est vain de ne pas patienter

Quand les heures passées augmentent avec grâce

Le plaisir de l'instant que tu vas apprécier

Car qui mieux que le ciel, sait la métamorphose

Qu’opère la beauté sur les êtres cloîtrés

ISOLEA

Je ne veux pas rester après la porte close,

Ma place est près de toi.

PICHALE

                                   Maintenant c’est assez !

Ma fille laisse-moi, tu cherches la dispute

N’affecte pas le cœur de notre relation

Ce jour est incertain. Je refuse la lutte

Et suis lasse à présent de la conversation.

Isoléa est dehors. Pichale revient sur ses pas, La porte coulisse et se referme, la grotte est à nouveau dans la pénombre.

 

SCENE SIX

Origine de Soma et d’Isoléa

PICHALE

PICHALE

Seule

Que lui dire aujourd'hui de ma vie avant elle ?

Ce que furent mes jours. Ce que furent mes nuits.

Elle s'approche du miroir

Psyché, t'en souviens-tu ? Je fus moi aussi belle,

Elle s’assied sur une chaise.

Comme elle je rêvais de l'homme et de son fruit.    

Pour lui, j’abandonnais mes leçons de sagesse ;

La force et le pouvoir que me donnait ma voix.

Rien n’avait de valeur au regard des richesses

Que dispensait l’amour. Et j’avais fait mon choix

Cet homme était mortel et ceux de notre race

Perdent par une union le droit de reporter

La souffrance en leur corps. Il devient carapace

Vide. Soma était conçu avant l’acte d’aimer.

Nous nous sommes unis et, dans la tendre couche,

Un enfant fut créé. La vie par ce chemin

Trouve l’éternité. Chacun sait que la bouche

Qui parle le plus fort se cache au creux des reins

Ils étaient deux en moi, se disputant la place

Lui, premier arrivé, investi de pouvoir.

Elle ruant des pieds et sentant la menace

Qui planait sur sa vie. J’attendais le grand soir.

Car il est son jumeau, son double, son semblable

Lui le nain disgracieux au visage d’enfant

À précédé de peu sur la curieuse table

L’enfant tant attendu lors de l’accouchement.

Il est né son aîné sans que j’y prenne garde

À glissé de la poche où mes eaux le noyaient

À tenu en ses mains le fil de sauvegarde

L’a coupé de ses dents. Leur union se rompait.

Alors elle est venue trésor d'appartenance

Puissance de la vie éternelle en son sein

Lignée de sang royal d'une âme dans l'errance

Échappée de ma chair

Silence

                        Le merveilleux larcin.

Sitôt elle est partie vivre auprès de son père

Et Soma, près de moi, a veillé sur les flots

Je songeai quelquefois à la douce lumière

Qui brillait dans leurs yeux. Moi leur offrant leurs mots.

Ils ont marché tous deux pour connaître le monde.

Erré sur des chemins que je ne voyais pas.

Découvert des déserts et des forêts profondes

Traversé des dangers où les menaient leurs pas.

Escaladé des monts, descendu des rivières.

Je détestai ces lieux où ils étaient sans moi !

Cette beauté terrestre était un grand mystère

Qui loin de mon regard les tenait en émoi.

Mais elle est revenue à la mort de son père

Et ma magie pour elle à su contrecarrer

La vitesse du temps. De plaisante manière

Tous nos instants sereins semblaient s'éterniser.

Chaque jour a coulé comme source d’eau vive.

Et elle a déversé des cascades d’amour.

Le bonheur est ainsi : On peut devenir ivre

Et dépasser, de loin, le point de non-retour.

Elle a grandi bien sûr, attisant fort la flamme

Qui brûle en nos girons depuis l'éternité

Et tandis que de fille, elle devenait femme,

Le destin, ironie, a de quoi se venger

Ainsi, elle garda un regard chez les hommes

Grâce à cet écran noir qu'elle installa ici.

Et malgré mes efforts pour l'attacher aux normes

De la grande magie, elle y a réussi.

Je tente d'abuser de mon trop de puissance.

Elle aspire ma force et la garde en son sein.

Je sais, pour aujourd'hui, je dirige la transe

Et tient encor captif en mon pouvoir le sien.

Mais je ne pourrais plus jouer les magiciennes

À celle à qui j’apprends, chaque jour, un peu plus

Bientôt de ces deux mains tout le savoir suprême

Sera transmis intact.

Elle tend les mains vers l’avant

                                   Le reste est superflu.

Elle laisse retomber ses bras.

SCENE SEPT

Le secret est dans la clef

PICHALE - SOMA

Soma sort de l'ombre qui le dissimulait

PICHALE

Va fermer le couloir qui donne chez ma fille

Et reviens vite ici, l'hiver est au palais

Le nautile céleste a gagné sa coquille

L'oracle l'avait dit

SOMA

                                   Oui maîtresse j'y vais

Il sort, on entend le bruit de ses pas sur les dalles au loin, le souffle du vent, puis le bruit de lourdes portes qu'on ferme. Une course, il revient. Pendant se temps le décor se retire pour faire plce au vide. Tout au long de la scène Pichale va se déplacer de jardin à cour en s'aidant de son bâton. Soma la suivra en essayant de la retenir. Il posera une question et chaque fois Pichale l'écartera gentiment comme on écarte un problème anodin. C’est une marche dans un dédale de corridors.

SOMA

Il se met devant elle

Dame comment pouvoir faire couler la source

Que la glace emprisonne en ses griffes d'argent

Avant que Casiopé n’entre dans la Grande Ourse ?

PICHALE

Elle l'écarte

Le temps est notre allié, l'hiver marche à pas lents.

SOMA

Il se met devant elle

Dame comment agir, par ce froid et ce givre

Mon corps en est gelé et j’ai le sentiment

Que mon cœur syncopé bat comme un bateau ivre. (-)

PICHALE

Elle l'écarte encore

Ton esprit seul sera de cet enchantement     

SOMA

Mon esprit est absent de ce corps de souffrance

Vous le savez si bien que c'est vous qui avez

Scotomisé ses cris, nié son existence

Détruit son initial programme. Avouez !

PICHALE

Ne me fais pas souffrir plus qu'il n'est nécessaire

Concentrons nos efforts sur la tache à venir

Tu sais que je commence à perdre mes repaires

Cet hiver-là verra notre histoire finir            

 

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