18 Les Anges au coeur d'Or

 

18 Les Anges au coeur d'Or

Par Françoise Contat Noël 2012

Avec ma mémé on fait des biscuits le mercredi. Depuis que je suis tout petit, elle me montre : comment mêler du bout des doigts la farine le sucre et le beurre, comment séparer le jaune du blanc, comment faire blanchir les jaunes dans le sucre en les fouettant, comment incorporer le blanc en neige délicatement dans la préparation. Après on ajoute le parfum : de la vanille, du citron, du chocolat ou des fruits de saison. Pour ce qui est de la cuisinière, c’est ma mémé qui s’en occupe mais comme j’ai bientôt dix ans, elle m’a tout expliqué. Pour le goûter on mange nos gâteaux. En été avec du sirop ou du jus de fruit, en hiver moi avec un chocolat chaud elle avec un thé au citron.

Cette année-là, on regardait des cartes postales de Noël car c’était la période des fêtes. Ma mémé en fait la collection. Quand, en en prenant une, une feuille est tombée sur la table.

C’était une page de cahier d’écolier de l’ancien temps toute jaune. Elle était pliée en quatre. Ma mémé l’a dépliée et l’a lissé sur la table avec sa main pour pouvoir la lire. Une recette était écrite avec une plume à l’encre violette. Nous avons lu ensemble la liste des ingrédients. 250 gr de farine, 125 gr de beurre et 60 gr de sucre. Puis il y avait cinq verbes sans explication : Mélanger, Assembler, Etaler, Découper et Cuire. Enfin, en dessous, le dessin d’un ange et une date : 25 décembre 1943.

-         Je reconnais bien, me dit ma mémé, le style de la maman de ton pépé.

-         Pourquoi ?

-         C’était une excellente cuisinière, mais quand on lui demandait quelle quantité on devait mettre de tel ou tel ingrédient elle répondait « Comme ça, » ou « Ce qu’il faut » ou pour le temps de cuisson « ben, quand c’est cuit, c’est cuit »

-         Heureusement que là on a les quantités. Pour le reste on a qu’à essayer.  Tu veux bien ?

-         Ok. Dit ma mémé.

Nous nous mîmes au travail. Mains lavées ongles brossés tablier autour des reins je mélangeais, du bout des doigts, la farine et le sucre avec le beurre coupé en petits dés. J’assemblais le tout avec un peu d’eau en une boule ronde.

J’étalais, la pâte formée, avec le rouleau sur 1 cm d’épaisseur environ.

Pendant ce temps-là, ma mémé avait découpé, dans du carton de boîte à gâteau du boulanger, la forme dessinée sur la feuille.

Nous découpâmes les petits anges de pâte sablée en évidant la robe comme sur le modèle.  Pendant que je les installais sur du papier de cuisson ma mémé revint voir le papier, une chose l’intriguait.

-         Regarde avec tes yeux tout neuf, moi je ne vois pas bien, il me semble qu’il y a quelque chose d’écrit sur la robe de l’ange. Je m’approchais.

-         C’est vrai, il y a un C et un N.

-         Un C et un N ? Ma mémé devint pensive. Je crois mon chéri que nous avons retrouvé la recette des anges au cœur d’or dont m’a parlé ton pépé. C’est un biscuit que faisait sa grand-mère quand il était petit et qu’elle suspendait dans le sapin. C veux dire caramel et N noisette.

Après une cuisson de 10 à 15 minutes à 160° thermostat 3, nos anges étaient tout gonflés et tout dorés.

Ma mémé fit fondre 100 g de sucre en poudre avec une larme d’eau. Quand le caramel devint ambré elle incorpora 10 g de beurre et 20 g de noisettes concassées. Elle laissa la casserole sur le feu une minute de plus pour que le caramel prenne sa couleur.

-         Attention, recule.

Je regardais le cœur des anges se remplir du liquide crépitant qui tout doucement se solidifiait. J’ajoutais deux grains de chocolat pour les yeux.

Une fois refroidis nous plaçâmes les anges au cœur d’or dans des petits sacs de papier cristal fermés avec un fil d’or et j’eus le privilège de les suspendre dans le sapin. Nous les mangerions le jour de Noël.

Quand mon pépé rentra de son travail, il nous embrassa et se yeux se portèrent vers le grand sapin. Il s’approcha, toucha un des anges de sa main et le fit se balancer doucement, puis regarda ma mémé et moi et ses yeux se mouillèrent de larmes.

Je n’oublierais jamais les larmes du souvenir que mon pépé versa pour sa grand-mère ce soir-là, ni les anges au cœur d’or de ma mémé à moi.

FIN

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