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Les plumes multicolores des oiseaux

 

LES PLUMES MULTICOLORES DES OISEAUX

ParFrancoise Contat

Cela se passait il y a bien longtemps sous le regard de Quault le grand aigle.

Quand les Dieux qui habitent l’espace immense ont créé le ciel et la terre, les étoiles et le soleil, la pluie et le vent, ils ont décidé que le Dieu Soleil, Inti, donnerait à la nature ses couleurs les plus variées.

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L’herbe étincellerait dans la rosée comme la verte émeraude.

Les nuages seraient moelleux et blancs comme le pelage de laine de la jeune vigogne.

Les arbres disputeraient leur teinte brune au peuple des pieds agiles.

Le noir serait pour le peuple jacasseur des Araguantes et pour leur ennemi Awak le loup à crinière.

Le rouge vif serait signe de danger et parerait Micrurus, le serpent corail au venin empoisonné.

Même ce brigand de Cob le jaguar se glorifierait, dans les hautes herbes, de sa robe tachetée.

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Et pourtant, quand Inti le soleil eut distribué les couleurs, il oublia tout un peuple : le peuple des oiseaux.

La gent ailée ne cessait de protester, du matin au soir et du soir au matin contre cette injustice. Mais Inti le soleil, du haut des cieux, n’entendait pas ses cris.

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Les oiseaux décidèrent donc d’aller trouver Inti le soleil, dans son empire céleste, pour lui demander de leur donner des couleurs.

Les mâles, après s’être concertés, se préparèrent tous à partir.

Il fut convenu que les femelles resteraient au nid pour protéger les œufs d’éventuels prédateurs.

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Quault le grand aigle, après avoir embrassé Quaulti sa femelle, s’envola le premier. C’était lui le roi incontesté du peuple des oiseaux. Lui, dont le regard perçant porte plus loin que les montagnes de neige et qui réveille par son cri les échos des temples endormis.

Vultur le grand condor et Gruk le vautour l’escortèrent attentifs et soumis. Charognards et rapaces étaient là, serviteurs fidèles.

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Les oies et les canards, les ibis, les hérons, les pélicans, les cigognes, les cormorans, les grues et les flamants, tous les oiseaux des mers, tous les grands échassiers et tous les grands voiliers que le vent peut porter; tous, étirèrent leurs larges ailes, plièrent leurs longues pattes et, dans un bruissement d’ailes et un ensemble parfait, décollèrent, grandiose fourmillement de plumes.

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Les passereaux, en troupes hétéroclites, voletaient çà et là. Ils se serrèrent tous les uns contre les autres, troglodyte migon, merle moqueur ou roitelet a bandeau, geai silencieux, ou corneille criarde, loriot, viréo, sitelle, cardinal ou tangara. Petits migrateurs au bec utile et infatigable.

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Vinrent enfin les plus lourds aux grands corps et aux petites ailes, kamichi, tétras,  hoatzin, colin, bécasse et dindon, nandou, autruche, toucan toco ou à bec plat.

Puis les plus endormis, tous les oiseaux de nuit. Chouette harfang ou effraie, hiboux aux yeux écarquillés, strix, grand-duc ou chevêche, tous prêts au départ.

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N’oublions pas bien-sûr les joyeux perroquets qui rejoignirent la troupe, en désordre complet. Perruche moine, de Cuba, de Petz ou du Mexique, inséparables ou non. Ara ganga ou hyacinthe, amazone, cacatoès, youyou, kakapo, loris, loriquet ou loriot; allant, dans un plaisant vacarme, d’un coup de bec, déranger le voisin et faire sauter ses plumes.

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Tous les oiseaux s’élevèrent. Et bientôt ils dépassèrent la plus haute montagne, les sommets enneigés, la barre des nuages.

Plus haut, toujours plus haut, vers Inti le soleil !

L’air se faisait plus chaud, le souffle des oiseaux plus haletant, mais aucun ne faiblissait Même les plus faibles et les plus petits mirent en œuvre toutes leurs réserves de force.

Ils se seraient, sans doute, brûlés les ailes si Inti le soleil ne les avait aperçus.

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Alors Inti le soleil rassembla en une seule troupe tout ce qui vole par les cieux pour les rafraîchir: Nimbus et cumulus, brumes et brouillards, puis il fit signe au vent de souffler en rafales. La pluie vint, aussitôt Inti le soleil brilla à travers la pluie et au-dessus des oiseaux se forma un gigantesque arc-en-ciel, rouge, orangé, jaune, vert, bleu, indigo et violet.

L’aigle poussa un cri :

- Regardez, Inti le soleil nous a exaucés ! Et le premier, il se précipita dans

l’arc-en-ciel.

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Quelle joie! Tout le peuple des oiseaux plongea dans les couleurs éclatantes.

Le cardinal se roula entièrement dans le rouge, le canari dans le jaune, le quetzal l’oiseau-roi dans le vert.

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Les perroquets se baignèrent dans les couleurs les plus vives en ayant soin de n’en oublier aucune.

Et quand il cessa de pleuvoir, chaque oiseau avait sa couleur.

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Ils remercièrent tous Inti le soleil et chantèrent pour lui et leurs gazouillements, sifflets et autres ramages retentirent dans les cieux tout entiers.

Désormais ces hommages s’élevèrent vers lui chaque matin, le chant des oiseaux reconnaissants.

En revenant auprès des femelles les mâles rapportèrent en cadeau un peu des couleurs volées à l’arc-en-ciel.

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Mais que s’est-il donc passé pour le colibri ? Lui qui n’est pas plus grand que mon pouce, qui est trop petit pour avoir fait ce voyage, lui qui n’a pas pu aller voir Inti le soleil ? Et pourtant, de tous les oiseaux, c’est lui qui a les plus belles couleurs.

Des gouttes d’arc-en-ciel tombent avec la rosée dans le calice des fleurs tropicales dont le colibri aspire le nectar de son fin petit bec. Tous les matins, quand il vient se nourrir, il les fait s’incliner et les fleurs répandent sur son plumage toutes les couleurs de l’arc-en-ciel.

Tout cela se passait il y a très longtemps sous le regard de Quault le grand aigle.

LEXIQUE

Inti : le Dieu-Soleil chez les Péruviens. Il a pour emblème l’oiseau Quetzal bleu-vert couleur du ciel et de l’émeraude. On le confond parfois avec Quetzalcóatl le serpent à plumes.

Quault le grand aigle : comme en Europe, il est le roi incontesté des oiseaux. Quand il s’appelle pygargue à tête blanche, il est  l’emblème des États-Unis  d’Amérique.

Vultur le grand condor : il est, avec l’albatros hurleur l’un des plus grands oiseaux du monde avec ses trois mètres vingt d’envergure. Il est doté d’une vue remarquable qui lui permet d’apercevoir ses proies à trois mille mètres de hauteur. Mais il ne capture rien de vivant car c’est un charognard et ses “serres” ne sont que des doigts.

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