9 La dispute des anges

 

La dispute des anges

Par Françoise Contat

Décembre 2012

Les anges de la petite hiérarchie étaient tous endormis dans le grand dortoir céleste. Aussi nombreux que les étoiles qui scintillent dans le ciel ils respiraient doucement et les battements de leurs cœurs étaient les battements de cœur du ciel.

Pendant ce temps l’ange préposé à la lessive finissait de rincer : aubes de drap fin immaculé, robes de baptiste parfumé, larges étoles de taffetas bruissant et rubans satinés aux couleurs pastel ; dans la voie lactée.

Tout soudain la comète de Halley (comme l’ont appelé les hommes) passa. Elle drainait dans sa queue une myriade de corps célestes et sa chevelure virevoltait de gaz dans l’air sans air. Le déplacement d’énergie souleva avec violence tous les vêtements angéliques et la comète, les entrainant dans son sillage, les dispersa aux quatre coins du ciel.

Le pauvre petit ange préposé à la lessive ramassa tout ce qu’il pouvait. Il courut de droite et de gauche à la vitesse de ses petites ailes. Il alla jusqu’au fond du ciel car certaines robes étaient restées accrochées à des étoiles. D’autre dérivaient dans le vide et il dut faire des acrobaties pour les attraper.  Les vêtements étaient froissés mais heureusement la chaleur de la comète avait tout séché et le travail était terminé. Il avait tant de vêtements que quand il revint au dortoir ses bras en étaient tout chargés.

 

Les Séraphins, les Chérubins et les Angelots, frottaient déjà leurs yeux gonflés de sommeil. Il était temps. Le petit ange préposé à la lessive jeta le gros paquet de vêtements, sur le sol de bois ciré, au centre de la pièce.  

Les aubes de drap fin immaculé, celles des Séraphins musiciens, tombèrent d’abord car plus lourdes, dans un égrènement de notes.  Les robes de baptiste parfumé, celle des Chérubins se posèrent, comme un vol d’oiseau mouche, tremblantes et vibrantes. Les larges étoles de taffetas bruissant et les rubans satinés aux couleurs pastel des Angelots voletèrent quelques instants dans l’air léger avant de se poser çà et là comme des plumes délicates et légères.

Les anges de la petite hiérarchie habitués à trouver leurs vêtements au pied du lit s’étonnèrent. L’ange préposé à la lessive leur expliqua ce qui s’était passé et leur dit de se débrouiller pour faire le tri, car il était très fatigué.

 

Quelques instants plus tard le ciel résonna de cris inhabituels. Les archanges inquiets se précipitèrent vers le grand dortoir céleste et que virent-ils en ouvrant les doubles portes de bois sculpté ?

Tous les anges du dortoir en train de se disputer des vêtements, comme des humains un jour de solde de grands magasins. A qui tire d’un côté, à qui hurle de l’autre. A qui griffe au visage, a qui tire les cheveux. C’était une terrible cohue.

L’Archange Raphaël poussa un cri profond ; tout s’arrêta, comme au jeu de un, deux, trois : soleil, puis tout doucement il se mit à parler dans la langue des oiseaux.

-          Petits anges vous ne pouvez pas vous comporter ainsi. Fermez les yeux et inspirez. Chacun de vos aubes, robes, étoles et rubans ont un parfum enchanté. Ne cherchez pas avec vos yeux, mais cherchez avec votre odorat et surtout avec votre cœur, et en silence je vous prie.

Les anges de la petite hiérarchie obéissants fermèrent leurs yeux. Ils tâtonnèrent quelques instant puis humèrent l’air parfumé et, suivant les myriades de pistes enchantées, retrouvèrent chacun leur bien.

Raphaël et les six archanges allaient repartir quand ils entendirent pleurer. Un petit ange tout nu et tout tremblant, était assis en larmes, sur le parquet au centre de la pièce. Il disait à travers ses sanglots :

-          Je n’ai rien pour me couvrir, et ses petites mains caressaient ses épaules nues.

-          Quelle est ton aptitude ? Demanda l’Archange Raphaël en s’approchant. Car

chaque ange savait faire quelque chose naturellement. Endormir, protéger, consoler, jouer de la musique, chanter etc…..

-          Je sais coudre.

-          Alors, ne pleure plus. Tu vas te coudre toi-même un nouveau vêtement puisque

l’autre est perdu. Et, toujours dans la langue des oiseaux, il ajouta :

 

Les vêtements du ciel sont tous constitués

D’œuvres de la nature à la terre empruntés

Le drap fin est coupé au lieu-dit pôle nord

Quand l’aurore dévoile à nos yeux ses trésors

 

Pour trouver baptiste, le tissus, pas saint Jean

Demande de l’écume, vois tous les océans

Le taffetas crissant est dans le bruit des feuilles

Je vais le dire au vent, vas voir les écureuils

 

Pour tous les rubans, étoles et dentelles

Prend le brouillard léger qui se lève au matin

Et les bulles échappées des torrents, des ridelles

 

L’araignée t’aidera à coudre de fil d’or

Détachés du soleil ton ouvrage divin

Qu’un zéphyr printanier parfumera alors.

 

Le petit ange fit tout ce qu’avais dit l’archange Raphaël. Il coupa, tissa, cousit et ajusta et il ne manqua plus jamais de vêtement.

 

FIN

P.S. Je sais, le sonnet est loin d’être juste mais avouez qu’il est mignon.

 

 

 

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