Dame Dianore de Bellecombe

Dame Dianore de Bellecombe

 

1440- Le roi René accorde à Benoit ferry, venu d’Italie, le privilège d’exercer l’art de la verrerie en Provence à Goult puis à Simiane

Dianore voir Dian= Jean     -    Anselme= An (divinité) et helm (casqué)

 

Le comte Gilbert II de Gévaudan (fils de Gilbert Ier) était marié à  une femme exquise : Dame Dianore de Bellecombe. Il était aimable et courtois elle était douce et vertueuse.

     Un jour fut invité en leur château un seigneur qui s’était distingué à la 2eme croisade pour le pape Eugène III : Messire Ansalme. Il n’était que vaillance et libéralité. Il aimait à conter ses exploits et surtout ses conquêtes. Il porta attention à Dame Dianore et, faisant fi des sacrements du mariage, décida qu’elle serait sienne.

     C’était un amant passionné et pressant. Il harcelait la jeune femme de messages d’amour et de cadeaux. Elle refusait le tout et ne sut bientôt plus que faire pour éconduire cet homme fougueux. Elle s’en ouvrit à son mari qui lui conseilla pour ne vexer ni le pape ni le roi de lui demander une tâche impossible à la hauteur de son prétendu amour pour elle.

     La Dame Dianore de Bellecombe réfléchit longtemps. L’automne, s’était installé avec ses jours de grisaille et tandis qu’elle se promenait dans les jardins elle eut une idée ; et fit venir Messire Ansalme.

     Je voudrais ; dit-elle, en accompagnant ses paroles d’un large geste,  que vous fassiez éclore en ce lieu, au cœur de cet hiver que l’on pressent rigoureux un jardin couvert de verdure et de fleurs. Vous dites que votre amour est grand, prouvez-le. Si vous y arrivez je vous cèderai. Dans le cas contraire je vous prierais de tempérer vos émois à mon égard et de ne plus jamais m’importuner.

     Le seigneur Ansalme releva le défi et Dame Dianore put enfin retourner à ses occupations. L’hiver s’installa avec ses matins de givre et ses nuits glaciales. Bien à l’abri dans ses appartements Dame Dianore ne pensait plus au seigneur Ansalme. Noël arriva et elle s’affaira pour préparer la venue de Dieu. Elle ne descendit plus au jardin.

     Cependant Messire Ansalme n’était pas resté inactif. Il était allé chercher en Italie un nécromant qui lui devait la vie (celui qui évoque les morts pour connaitre les choses cachées) et celui-ci faisait bouillir dans ses chaudrons tout le sable des ocres de Roussillon. Dès le mois de janvier l’œuvre était réalisée.

Il fit alors venir de Hollande, un jardinier réputé, avec dans ses bagages des étranges boules de terre sombre et celui-ci se mit au travail.

La campagne était couverte de neige, le grand fleuve charriait des blocs de glace venus des montagnes et l’air sentait le froid.

Un jour de grand vent on frappa à la porte du château. Dame Dianore était près de l’imposante cheminée dans la grande salle avec son époux, son frère et ses gens.

Entra le nécromant qui portait cérémonieusement une chasse dorée. Il dit : « mon maitre, le seigneur Ansalme vous fait porter ceci ». Lasse des cadeaux de son admirateur Dame Dianore le repoussa d’un geste de la main. Mais il ajouta : Avant de vous rendre dans sa maison forte pour payer tribut au vainqueur, vous êtes priée de passer par le jardin où mille de leurs semblables vous attendent.

Dame Dianore s’approcha. Une étrange appréhension l’envahit. Elle ouvrit la chasse dorée et retint un cri de surprise. A l’intérieur se trouvait le plus merveilleux des bouquets. Les fleurs qui le composaient illuminèrent la grande salle d’un arc en ciel coloré et répandirent aussitôt un parfum de printemps qui enchanta les narines de chacun.

Mi- craintive, mi- curieuse, Dame Dianore enfila son manteau de peau et se rendit au jardin.

Au cœur d’un monde de glaces, où on entrait par un étroit corridor en forme de serpent, tout n’était que lumière et couleurs, parfums et verdure. Malgré la chaleur d’un feu nourri qui réchauffait le jardin, les vitres de glace ne fondaient pas. Dans un tapis d’herbes fraîches des fleurs inconnues aux couleurs multiples tiraient sur leurs tiges pour rejoindre le ciel. Admirative devant tant de beauté Dame Dianore dut reconnaitre que le chevalier avait réussi son pari.

C’est l’instant qu’il choisit pour paraitre devant elle et en profiter pour lui rappeler sa promesse : « Sous 8 jours vous serez mienne en mon château » Dit-il en riant et il disparut.

Dame Dianore rentra, au bras de son époux, très affligée. Des larmes coulaient sur son beau visage. Que devait-elle faire ?

-Ma femme bien aimée, dit le comte Gibert en lui prenant les mains, notre honneur demande un sacrifice bien lourd ; mais n’hésitez pas ; en ce triste jour, et devant cette assemblée, je vous rends votre liberté.

Mon tendre époux comment pourrai-je renier la foi que je vous ai donné devant Dieu ?

-Non, dit son frère, je combattrai contre lui et je tuerai cet homme.

-Mon pauvre ami, croyez que j’apprécie votre élan de bravoure, mais n’en faites rien, c’est un homme redoutable et c’est vous qui perdriez la vie.

-Madame, dirent ses suivantes en s’approchant, souffrez que nous nous acquittions pour vous de cette dette. Notre nombre et notre pureté peuvent peut-être compenser votre beauté.

Le jardinier qui était entré à leur suite fut touché par la détresse de la Dame et par les marques d’affection des personnes qui l’entouraient. Il décida de rentrer chez lui sans attendre.

Le nécromant repartit pour la maison forte du chevalier. En chemin il prit le temps de réfléchir.

Le lendemain le front haut, les tresses dénouées, Dame Dianore, seule, passait la poterne d’entrée de la maison forte de Messire Ansalme. Il était en haut des marches et l’attendait le sourire aux lèvres. Il la reçut avec mille égards ; lui baisant la main, lui proposant son bras puis un siège près de l’âtre. Assis près d’elle et la regardant avec insistance, il se mit à parler :

« Noble  Dame de Bellecombe,

Le nécromant qui me devait la vie, et a construit ce jardin, refuse que je considère sa dette acquittée et reste à mon service ;

Le jardinier qui a fait pousser des fleurs au cœur de l’hiver est parti sans que je le paye ;

On m’a rapporté que votre époux est prêt à sacrifier son bonheur ;

Que votre frère veut m’offrir sa vie ;

Que vos suivantes sont prêtes à sacrifier leur vertu ;

Qui êtes-vous donc ? »

Elle baissa les yeux. Que voulait dire cet homme ?

Il l’avait voulu à lui comme on gagne une bataille, comme on prend une place forte. Elle s’était offerte, sans défense, douce et fragile, résignée ; et, maintenant, il lui parlait avec douceur. Elle répondit :

Chevalier, je suis une Dame de Provence : Dans mon comté :

l’eau est rare, alors je bois peu et je respecte les orages,

le soleil brule la peau et je me cache de lui en courbant la tête,

le vent souffle avec violence et je ne contrarie pas sa colère.

Chevalier, chaque jour mon pays m’enseigne l’humilité.

Le chevalier Ansalme sentit naitre en lui un sentiment inconnu. Il la regarda longuement et mettant un genou à terre, il dit : « Je ne puis être :

Moins désintéressé que mes serviteurs,

Moins honorable que votre époux,

Moins courageux que votre frère

Moins pur que vos suivantes

Je suis le chevalier Ansalme qui a la faveur du pape et du roi et je vous défais de ce serment ridicule ; qui n’est digne ni de moi ni de vous.

Il se releva, lui prit la main, et l’aida à se lever de la chaise en disant :

Allez, noble Dame Dianore de Bellecombe vous venez de gagner un champion qui sera fier de défendre vos couleurs au prochain tournoi ; et votre vie si la guerre vient dans nos contrées.

Il la raccompagna jusqu’à la poterne d’entrée où l’attendaient ses serviteurs et elle rentra chez elle, où elle conta à tous : comme il est bon d’avoir pour ami un chevalier plein de noblesse.

 

                                                         F. Contat Avril 2014

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