La fille de cire

LA FILLE DE CIRE

Par Françoise CONTAT

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Première croisade Gerberge et Guilbert

 

Sur le plateau de Valensole, il-y-a bien longtemps, vivait un couple de paysans. L’homme faisait pousser de la lavande mauve sur la terre rouge et la femme élevait des abeilles infatigables dont l’essaimage au printemps emplissait l’air de son bourdonnement joyeux. Ils avaient devant leur ferme des rosiers splendides couverts de fleurs aux couleurs aussi nombreuses qu’un coucher de soleil d’orient et vivaient paisiblement dans cet univers parfumé.

Pourtant bien que leur union qui durait depuis 18 ans  fût sans nuage, elle était aussi sans enfant.

Un jour qu’ils récoltaient le miel la femme dit à son mari

- Regarde cette belle cire dorée, souple et parfumée, nous pourrions la modeler et crée de nos mains l’enfant que nous n’avons pas eu.

- Veux-tu un bébé demanda l’homme ?

- Non, dit la femme puisque nous avons 18 ans de mariage, faisons donc une jeune fille de 18 ans.

Ils se mirent au travail. L’homme modela la cire chaude.  La femme pila l’iris et le coquelicot pour colorer les yeux et les lèvres.

Il galba la jambe, affina la taille, ébaucha les seins, allongea le cou  fin et délicat, ourla la lèvre, modela les joues et le front. S’appliqua pour les oreilles et les yeux. Elle sépara les fibres de lin, les mit à tremper, les fit tourner sur le rouet, les fila aussi mince qu’elle pu et la chevelure fût prête. Il tua l’agneau, tanna le cuir, cousit les fines chaussures. Elle coupa, piqua, broda pour réaliser les jupons et la robe ourlée de dentelle blanche. Ils assirent l’enfant, leur enfant devant la fenêtre. Une pièce de soie dans une main, l’aiguille dans l’autre, comme en train de broder. Un rayon de soleil caressa ses lèvres on l’aurait cru vivante.

Chaque matin, avant de partir travailler aux champs, le paysan et sa femme saluaient l’enfant de cire et chaque soir ils avaient hâte de rentrer l’embrasser.

Le fils du seigneur du lieu qui chevauchait selon son habitude sur ses terres passa un matin devant la modeste ferme. Il fût surpris de découvrir à la fenêtre une jeune fille d’une grande beauté dont il ne connaissait pas l’existence. Courroucé, mais sans violence car cette jeune beauté avait touché son cœur, il pria les parents de la lui présenter lors du prochain bal au château de son père.

Les parents craintifs et embarrassés n’osèrent refuser l’invitation du jeune seigneur mais pensèrent, en leur fort intérieur, que le bal était bien loin et que le jeune homme oublierait probablement la jeune paysanne aux yeux d’iris, aux lèvres de coquelicots et au teint de miel.

Le jour du bal pourtant, deux hommes d’arme qui arboraient les couleurs du seigneur, se présentèrent devant la ferme précédant une chaise à porteurs en bois doré. Ils sommèrent les parents de la jeune fille de cire d’installer la demoiselle à l’intérieur.

La mère tremblait, elle chuchotât à son époux

-Nous ne pensions pas à mal, qu’allons-nous faire?

Il répondit

-Notre jeune seigneur a demandé, la jeune fille à la fenêtre, donnons-la lui.

La mère entraîna les hommes d’arme et les porteurs à l’intérieur, vers la cuisine pour leur offrir un peau d’eau fraîche pendant que son mari installait la fille de cire dans la chaise à porteur et en tirait les rideau de soie pour la soustraire au regard des hommes chargés de l’escorter.

Au moment des adieux la mère précisa qu’elle était très timide et qu’il ne fallait pas la déranger.

Les pauvres parents regardèrent s’éloigner la petite troupe jusqu’à ce qu’elle disparaisse derrière la cime d’une colline accompagnée par le craquement des pins sous la chaleur et le chant des cigales.

La course était longue et le soleil brûlant. A mi-chemin les hommes ressentirent le besoin de s’arrêter pour se mettre à l’ombre et boire. Une auberge providentielle leur en donna l’occasion. Ils hésitèrent à questionner la jeune fille mais se ravisèrent et installant la chaise à porteur à l’ombre de trois grands pins, ils entrèrent dans la fraîcheur de l’auberge.

12 petites fées étaient en promenade dans le ciel limpide. Elles aperçurent le bois doré de la chaise à porteur qui jouait avec le soleil et descendirent voir de quoi il s’agissait.

Toujours voletant les deux premières écartèrent de leur baguette le rideau de soie qui voilait l’ouverture de la porte. Après un instant de surprise elles s’exclamèrent

- Une jeune fille, c’est une jeune fille, regardez! Dirent les premières.

- Mais elle est de cire, elle est inerte! Reprirent les secondes qui venaient d’arriver.

- Quelle tristesse, quel ennui! Dirent les troisièmes.

- Changeons-la, changeons-la! S’écrièrent les dernières.

Toutes les petites fées se mirent à danser autour de la chaise à porteur entrant et sortant par la fenêtre dans un scintillement de poussière d’étoile.

La 1ère  toucha de sa baguette le coin de ses lèvres et dit

- Je te donne le sourire.

Ce à quoi, la 2ème répliqua

- Et moi, l’art de ne pas parler pour ne rien dire.

Moi, dit la 3ème en touchant son nez dit

- Je te donne le don de sentir les êtres et les choses

Et moi, dit la 4ème

- De repérer à l’odeur, le feu qui couve ou le danger qui menace.

- Moi, dit la 5ème en touchant ses oreilles

- Je t'offre l’écoute bienveillante et la patience.

Et moi, dit la 6ème

- La possibilité de t’isoler du monde quand tu ne le supporteras plus.

Moi, dit la 7ème en touchant sa bouche entrouverte dit

je te donne le goût des belles choses.

Et moi celui d’apprécier le sel de la vie et ses épices dit la 8ème.

Moi, dit la 9ème, en lui touchant les yeux dit

- Je te donne un regard doux et compatissant et clair dans tes jugements.

Moi, dit la 10ème

- Je fais en sorte que tu vois la beauté du cœur.

Moi, dit la 11èmeen lui touchant les doigts

Je te donne pouvoir de percevoir la santé ou la fièvre.

Moi, conclut la 12ème

Celui de créer et de jouer.

 

La jeune fille ouvrit les yeux, comme au sortir d’un long sommeil, sourit et regarda les Fées

 

Les fées étaient impatientes. Elles touchèrent ensemble le corsage de la jeune fille juste à la place du cœur. Il y eut une étincelle et celui-ci se mit à battre.

Elles récitèrent d’une seule voix :

- Nous t’offrons ce cœur pour qu’il batte pour ceux que tu as aimés pour ceux que tu aimes et pour ceux que tu aimeras.

Heureuses de la réussite de leur plaisanterie, les 12 petites Fées repartirent bruyamment vers le ciel limpide dans un froissement de taffetas et un scintillement d’étoiles.

Merci généreuses fées, disait le cœur de la jeune fille, merci !

 

Les hommes désaltérés sortirent de l’auberge et les porteurs reprirent leur fardeau. Mais oh, surprise, la chaise était plus lourde. Comme si le poids de la vie et des qualités offertes par les Fées étaient à prendre en compte. Le soir approchait quand ils arrivèrent au château.

Le jeune seigneur attendait sur les marches la jeune fille aux yeux d’iris, à la bouche de coquelicot et au teint de miel. Il s’empressa quand elle eût ouvert la porte de la chaise et la présenta au seigneur son père et à sa douce mère.

Le lendemain les deux gardes et la chaise à porteur étaient devant la ferme. Le père et la mère de la jeune fille tremblaient serrés l’un contre l’autre à l’intérieur. L’homme avait beau se faire rassurant en disant à sa femme.

- Nous n’avons jamais menti. Il a demandé, la jeune fille à la fenêtre, nous la lui avons donnée. Mais il n’arrivait pas à calmer leur angoisse.

Au château deux gardes les prirent de se rendre dans une des chambres qui avait été réservée à la jeune fille après le bal. Le père et la mère marchèrent comme au supplice derrière les gardes. Un page leur ouvrit la porte de la chambre. Ils entrèrent.

La jeune fille était assise devant une fenêtre. Une pièce de soie dans une main l’aiguille dans l’autre comme en train de broder. Un rayon de soleil caressait ses lèvres on l’aurait cru vivante.

Les parents admirèrent l’œuvre de leur vie et des larmes mouillèrent leurs yeux.

A cet instant la jeune fille bougea. La tristesse fit place à la surprise puis à la joie. Ils se précipitèrent vers la jeune fille pour l’embrasser et apprendre de sa bouche ce qui l’avait transformé.

Quelques jours plus tard le jeune seigneur s’unit à la jeune fille aux yeux d’iris aux lèvres de coquelicots au teint de miel. La joie des deux époux était si visible que la fête se répandit sur toutes les terres du seigneur. 9 mois plus tard les cloches sonnaient pour annoncer la naissance d’un héritier.

Le lendemain les deux gardes et la chaise à porteur étaient devant la ferme. Cette fois-ci le père et la mère de la jeune fille auraient fait le voyage en courant. Quand ils arrivèrent, ils se précipitèrent vers les appartements des jeunes époux. Un jeune page leur ouvrit la porte. Ils entrèrent.

 

La jeune femme était assise devant la fenêtre, elle tenait dans ses bras un nouveau-né vêtu de linge fin. A l’entrée de ses parents elle se leva et alla vers eux. Elle regarda sa mère lui sourit et lui mit l’enfant dans les bras. La mère le prit et le regarda avec tendresse. Pour la première fois de sa vie elle tenait un petit enfant et celui-là n’était pas de cire.

 

 

Commentaires (2)

1. lescontesdelafee (site web) 07/04/2017

Ce conte vient de la tradition populaire sur une enfant qui ne prend son essor qu'avec l'amour.
Ma mère, conteuse aussi, racontait quelque chose d'approchant situé en Provence.
Pour cette version elle est entièrement de mon cru.
L'histoire d'Hercule ne me dit rien
Amitiés
Fran

2. Therese 11/02/2016

Merci mille merci, j'ai cherche ce conte partout, dans quel livre l'avez vous trouve? Il y'avait aussi un conte sur Hercule et la Tarasque dans le recueil

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