Kimi-ko et le coffret

Kimi-ko et le coffret

Ecrit par Françoise Contat

D’après un conte traditionnel japonais entendu lors d’une journée de formation.

 

Conte sur l’héritage le plus précieux laissé par nos parents : cette ressemblance venue des trois kilos de notre mère qui, malgré le changement incessant de nos cellules, ne nous quitte jamais.

Kimi-ko et sa mère Ido-no ont le même teint rose, couleur de fleur de pommier ; les mêmes yeux malicieux, les mêmes cheveux noirs et brillants. Kimi-ko et sa mère Ido-no ont la même démarche, à petits pas glissés, drapées toutes deux dans un kimono de même couleur.

Si on oublie les vingt ans qui les sépare on pourrait les prendre, si ce n’est pour des jumelles, du moins pour des sœurs.

Ido-no aime le sashimi, ce petit poisson rose à chair tendre. Kimi-ko aime le sashimi. Ido-no n’aime pas les litchis, à la pulpe pourtant si douce et si sucrée. Kimi-ko n’aime pas les litchis.

Kimi-ko et sa mère Ido-no passent des années heureuses l’une près de l’autre. Les printemps succèdent aux printemps, les pommes succèdent aux fleurs de pommiers et l’arbre fleurit toujours dans leur jardin.

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Cet hiver a laissé dans la gorge d’Ido-no une toux persistante. Elle dort mal, elle respire mal. Kimi-ko la veille souvent.

Un soir où le temps plus clément donne au crépuscule le parfum des fleurs Ido-no parle à sa fille Kimi-ko :

-Ma fille bien aimée, prend ce coffret de bois de rose aux incrustations de fleurs de nacre. Délie le ruban de soie rouge qui orne mes cheveux. Noue ce ruban autour du coffret. Voilà le seul cadeau que je te fais.

Quand ton cœur tremblera de joie ou de tristesse,

Dénoue le ruban de soie et je serai près de toi.

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Le printemps suivant n’eut pas le temps de colorer de rose la branche du pommier que Kimi-ko vit par tir sa mère pour le pays d’où l’on ne revient jamais.

Kimi-ko fut inconsolable et désespérée. Rentrée chez elle, à travers ses larmes, elle vit le coffret que sa mère lui avait donné. Elle le prit, le serra contre son cœur. Les incrustations de fleur de nacre brillaient doucement. Kimi-ko délia le ruban de soie rouge, ouvrit le coffret et vit au fond du coffret ….. sa mère en larmes : ses cheveux défaits retombaient sur ses yeux rougis de chagrin.

Kimi-ko, de saisissement, ferma le coffret. S’arrêta de pleurer, remit de l’ordre dans ses cheveux, repeint son visage, comme elle avait vu si souvent le faire sa mère. Elle reprit le coffret, l’ouvrit à nouveau et vit, dans le fond du coffret ….. sa mère apaisée. Elle lui envoya un baiser et referma le coffret.

Ainsi, chaque fois que Kimi-ko ressentait la solitude et ce vide que nul ne peut combler au départ d’un être cher, elle reprenait le coffret de bois de rose aux incrustations de fleur de nacre, dénouait le ruban de soie rouge et revoyait toujours sa mère comme autrefois.

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Kimi-ko vit maintenant avec son oncle ; un homme bon. Au printemps suivant il l’a fait appeler et lui dit :

-Kimi-ko, j’ai près de moi un jeune homme qu’il me plairait de te donner pour époux. Kimi-ko obéissant fréquente le jeune homme. Sa tristesse s’estompe. Son teint prend la couleur des fleurs de pommier. Ses yeux retrouvent leur éclat malicieux. Elle remonte ses cheveux, noirs et brillants, en un gracieux chignon piqué de deux longues aiguilles de bambou  laqué.

Le jour de la noce, parée des précieux bijoux que  lui a offert son fiancé, Kimi-ko délie le ruban de soie rouge et prend conseil auprès de sa mère. Elle voit dans le fond du coffret ….. une femme resplendissante et referme le coffret en glissant dans le nœud de soie rouge une fleur de pommier.

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Au printemps suivant Kimi-ko est assise au pied du pommier, son teint est pâle comme les fleurs de pommier quand les abeilles sont passées. Son coffret ne la quitte plus. Depuis quelques jours le ruban de soie rouge orne sa chevelure.

Kimi-ko sait : pourquoi le coffret de bois de rose aux incrustations de fleur de nacre se transmet de mère à fille depuis des générations. Kimi-ko sait : ce qu’il y a au fond du coffret. Kimi-ko sait : a qui donner un jour ce coffret, car elle sent dans son ventre une petite vie.

Elle ouvre le coffret, le pose sur le sol. Le fond du coffret reflète le ciel printanier  et les branches couvertes de fleurs du pommier.

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 J’ai acheté un pommier, un pommier nain du japon. Je l’ai planté dans mon jardin et ce pommier, qui a aujourd’hui l’âge de ma fille, m’a raconté cette histoire.

 

FIN

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