En réponse à Max

A Monsieur Raymond Devos

Editions du cherche-Midi, 23, Rue du Cherche-Midi, 75006 PARIS

Par Françoise Contat - Juin 2002

http://lescontesdelafee.e-monsite.com/

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Après avoir lu le livre de Monsieur Raymond Devos, Les 40ème délirants, j’ai eu envie de lui parler, de lui répondre. J’ai envoyé ce texte à l’adresse ci-dessus mais je n’ai rien eu en retour du courrier. Alors, aujourd’hui, je vous fais part à tous de la réflexion que sa lecture m’a inspiré.

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Et si ce spectateur était une spectatrice, et qu’elle ait, depuis la nuit des temps, suivi Max? Et si cette spectatrice était une ombre? Une ombre féminine évidemment. L’ombre féminine de Max lui-même? Vous allez me répondre que dans le désert il n’y a pas d’ombre. Cependant si l’ombre est le duplicata de l’être, que peut-on dire des dunes toujours recommencées? Alors, me direz-vous,

- Où se promène l’ombre féminine de Max? Et je vous répondrais,

- Dans le silence, juste à côté du Songe, là où le Coq sait se taire.

Pour la voir il faut se retourner, pardon, que Max se retourne. Et surtout qu’il demande au gardien de phare d’éclairer le désert d’une lumière rasante, dune après dune. Seulement vous allez me dire que le phare est près de l’océan et que le gardien de phare ne tient pas à l’éloigner de son élément. Soit ! Alors, éventuellement, le mieux, serait de déplacer le désert au bord de la mer. D’en faire une plage en quelque sorte. Car de l’océan à la mer il n’y a qu’un pas, qu’un phare peut franchir aisément. Une plage de sable. Une plage à horaire fixe ..... de nuit. A ce moment, et à ce moment seulement, le gardien de nuit (et de phare) pourra éclairer le phare et le désert du même coup. Ou du même rai, si vous préférez. A ce moment, et à ce moment seulement, Max pourra, s’il se retourne, apercevoir son ombre féminine. Il lui faudra alors s’armer d’une aiguille, de fil et surtout d’un dé pour la capturer et la glisser dans un sac de drap fin. Je dis drap et je ne dis pas linceul. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. Tout le monde sait que les morts n’ont pas d’ombre. Ils la perdent en devenant ombres eux-mêmes.

Donc, une fois l’ombre de Max capturée et enfermée dans un drap ...... J’aurais pu aussi dire voile, car on peut capturer une ombre grâce à un voile. Le voile du palais par exemple est très efficace, surtout si on le module d’un timbre séducteur. Ah ! Vous avez pensé à une voile - de navire par exemple, ou de parachute. Tant pis vous vous êtes trompés.

Je reprends. Donc, le drap (ou voile) roulé autour de l’ombre de Max peut laisser suggérer l’idée que l’ombre se redresse et s’adresse à son propriétaire d’une seule voix.

- Ainsi fagotée vous ne sauriez me reconnaître, me distinguer d’une autre ombre !

- Certainement pas, pourrait assurer Max, je sais bien distinguer une ombre d’une autre. L’ombre d’un œuf se repère de loin, même dans un casier de homards. Quant à l’ombre d’un coq ! Les clochers en sont pleins. L’ombre pourrait semer le doute dans l’esprit de Max.

- Qui saurait distinguer de l’œuf ou du coq qui est être et qui est chose? Et Max resterait sans voix(e), silencieux, mimant l’homme qui reste quoi ! Trois fois (ter, ter, ter) le phare ferait sa révolution que l’ombre du coq en oublierait de chanter, jusqu’à ce que Max s’écrie:

- Taisez-vous, je vous croix(s). Alors l’ombre de Max pousserait son avantage.

- Même si je suis composée de clous qui me traversent de part en part, de poutres, de coins, de poix et d’argile; je suis une ombre savante qui peut prendre la forme qu’elle veut. Je suis une ombre libre qui ne vous appartient plus. Max pourrait tenter une dernière fois de la retenir en enserrant le drap fin ou le voile de ses bras. Grossière erreur. L’air déplacé aurait pour effet de libérer l’ombre. Elles sont si volatiles. L’ombre de Max se retrouverait face à lui, immense, démesurée - Car toute ombre comprimée se dilate au contact de l’air - et Max serait tout petit face à cette ombre qui continuerait de grossir. Seulement il viendrait un moment où elle serait si grosse qu’elle cacherait la lumière du phare. Alors, juste avant qu’elle disparaisse dans la nuit, Max pourrait lui proposer de la sauver. Il ramasserait sur le sable un œuf oublié par un oiseau de passage, un enfant du vent, et proposerait sa coquille comme cachette à son ombre. On sait que les ombres peuvent retenir leur respiration, comprimer leurs sentiments et entrer dans une noix. Alors un œuf ! L’ombre, domptée, n’aurait d’autre issue que d’accepter. Ainsi prise au piège dans la lumière rasante diminuant, manipulée de main de maître par le gardien de phare, l’ombre féminine de Max deviendrait l’ombre d’elle-même. Une fois tapie dans l’œuf l’ombre de Max attendrait son heure. Quand à Max il pourrait glisser l’œuf dans une bouteille et la jeter dans l’océan; car c’est la place des ombres qui aspirent à la postérité.

La coquille de l’ombre de Max a volée en éclats de voix

Les diamants de calcaire

Sont tombés sous les pas des promeneurs

Qui les ont brisés en poussière de vent.

 

Le vent du succès a soufflé en rafales sur la poussière

Certains en ont éternué

D’autres ont respiré à plein poumons.

 

Parfois la poudre était si fine qu’elle faisait pleurer les yeux

Parfois elle dansait dans la lumière

Parfois elle collait à la peau

Ou s’immisçait dans le creux de l’oreille

 

Mais quelle importance

Quand dans le silence

Le corps devient parole.

 

L’ombre de la coquille de Max est un parfum

Qui restera longtemps sur les lèvres

De ceux qui y ont goûté.

 

Merci Max !

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