Je serai

Je serai

Par Françoise Contat

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Je voulais travailler sur le mot et son contraire, le temps du verbe et son opposé, l’illogisme de l’espace-temps. Et l’implacable choix de la vie de nous faire naître en un jour en un lieu à une période donnée.

Je serai, aux temps anciens toujours et partout. Je suis venue un jour avant le jour. J’étais aux temps futurs, à quarante temps de lumière de la planète de la bordure. Mes jeunes jambes se balançaient et la boule dansait et tournait. Je serai seule car je suis née ce matin. Je resterai seule ce soir car les autres sont arrivés à mon départ.

Si je suis ?

Ma fragrance se mêle à l’écharpe d’Isis, je vois sans regarder, je chante sans parler, écoutée que sais-je être par les fourmis du ciel. Mes bras, pour enlacer ceux qui deviennent poussière s’étirent doucement à ma nuque appuyés. Sur le tertre. L’oiseau s’étire et le bousier roule inlassablement sa boule d’excréments.

Qu’ils fussent, je serai !

C’était là, dans un passé futur, prédécesseurs illustres et innombrables, faces peintes et closes parmi le chant des sabliers, étoiles scintillant mes amis que naquirent vos délateurs,

Il y eut une nuit où des voix résonnèrent portées par l’air sans air, torride et glacé de l’espace-temps. Que disent-elles, que prient-elles, que supplient-elles ? Que demandent-elles ? De la lune des maux à faire fondre le bronze ou l’airain des armes ; des mots à crier le soupir de la mort. L’émail solaire, a coulé sur le bouclier d’argent de Méduse. Et l’oiseau Hippos a jailli des sept cent cinquante degrés. Des chants, arrivèrent par brassées, en cohortes, tintements, sons uniques, bruissements de vie. Ronflement des trompes démesurées sur les hauteurs basses, à faire s’effriter les murs. Tambours silencieux et doux qui tournent et prient pour leurs hôtes. Et, soudain, une note échappée à la multitude qui s’enfuit apeurée comme une comète.

Il y eut un matin où un poil de ma peau trembla de gratitude ensoleillée pour les têtes d’épingle piquées dans la chair dure des monts et des vallées. Édifices, de bois brûlé ou de pierre concassée, rendus poussière par vent et pluie, au sol dénaturé. Les allées droites de graviers stellaires de couleurs en mélange picorent le ciel blanc. La roche vomira le cadeau de sa veine, empreinte elle est marquée du sceau du devenir. La Bête avait rué, son sabot fit frémir. Des sacrifices furent perpétrés, si longtemps, nécessaire écot à payer de la vie du plus faible ; sur le marbre. La colère s’est vengée elle à mue tous leurs jeux en une pâte informe. Partis en fumée, le sang coule sur l’autel rosé de couchant, sur l’Aconit funéraire, sur le sable nacré, sur les frises spartiates, les entrelacs labyrinthiques, les arabesques signifiantes. L’oiseau au plumage émeraude a piqué du bec le feu qui le ronge. Mordez à dent de dragon les héros à l’œil unique.

Il y eut un matin, oh fleuves consacrés ! Où vous pleuriez, de vos eaux, et portiez inlassables les fardeaux vers l’océan gelé. Banquise chaude. Purificateurs, arroseurs, nourriciers, dévastateurs, bridés, domptés, joueurs vous êtes. Chemins secs ou humides, huiles ou eaux, évaporés vaporeux, impalpables, creusez vos sillons temporels sur la croûte irradiée d’ondes mouvantes. Les processions s’étiraient comme oiseaux gigantesques. Ou circumambulations sur cadre noir, dansent les vingt étalons d’écume qui emportent le vent chaud vers le dédale à l’enfant brûlé. Le pèlerin aux genoux écorchés s’inclinera et trébuchera dans les brumes du désert menteur durant quarante jours. Il erre à la recherche du centre, du vide plein, du tout. Il se perd et des mains saignent.

La clepsydre a tourné, le sable qui distille la lumière s’est écoulé comme de l’eau. Chacun a goûté sa part de rêve. Ils ont confié à l’air parfumé leurs cendres chaudes de vie présente.

Il y eut une nuit oh combien éternelle ! Dans la pénombre je les devinais tous à peine. Frottant mes yeux miroirs de mes carpes anguleux j’affinerais ma vision nocturne. Est-ce toi Olympe ? Aucun rire ne résonne. Est-ce toi Sinaï, aux tables de pierre ? Est-ce toi Fuji au voile de mariée vierge et froid ? Machupicchu au duvet vert, Everest toit du monde, Osorno vous ne chantez plus ! Et toi Bloc de grès rouge au milieu du vide, et toi Tour de basalte, et toi Château de coton, squelette de Palmyre, masque de Pétra, Angkor au roi lépreux, Oasis, déserts, plaines de sel, geysers, tumulte des chutes, Sacrés, Sacrés, Sacrés et oubliés.

Il y eut une nuit timide où je regardais la danse des bulles de savon, si légères, si fragiles, si mouillées de vie.

Il y eut une nuit

Il y eut un matin

Et j’en vins à penser que ce fut inutile.

Et pourtant j’ai appris ……..

J’ai appris que j’aurais pu naître un autre jour, en un autre lieu, à une autre époque.

J’ai appris que je pourrais naître un autre jour, en un autre lieu, à une autre époque

Et …..

Ils croiront toujours, ce qu’ils croient être.

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